LA GUERRE : BLUF OU RÉALITÉ ?
Pendant que la France est
assommée par une campagne présidentielle consternante de médiocrité et de
platitude (à quelques rares exceptions), les nuées d'orage semblent s'accumuler
sur l'horizon. Oui ou non aurons-nous une guerre ce printemps, c'est-à-dire
dans quelques semaines à peine, en mars ou avril annoncent les augures ?
Chacun sait que les guerres
actuelles ne répondent plus à des critères rationnels, surtout dans le cas des
Etats-Unis où la guerre (sans déclaration préalable) n'est plus engagée
parce qu'elle devient nécessaire ou inévitable, mais d'abord parce que l'on a
décidé de la faire...
Dans le cas de l'Iran, les masses
occidentales, accablées de désinformation, sont aujourd'hui convaincues que
l'Iran constitue une menace imminente. Or, l'Iran est loin de posséder l'arme
nucléaire, son programme n'en est qu'à ses balbutiements ; l'Iran ne
possède pas non plus les vecteurs stratégiques (missiles) devant lui permettre
de délivrer une hypothétique charge massivement létale ! La Turquie sera
déjà membre de l'Union européenne que les Iraniens poursuivront encore
vraisemblablement leurs essais, s'ils n'ont pas été tchernobylisés
auparavant.
Donc, une fois de plus, pour ce
qui est de la menace imminente, on nous ment. D'ailleurs on ne voit pas
pourquoi les Iraniens s'en prendraient aux intérêts européens étant liés à l'Union
par de fructueux échanges commerciaux ? Reste que la propagande américaine
est massivement relayée par la grande presse européenne, et que contrairement à
2003 - et cela est peut-être le plus inquiétant - aucune voix discordante ne
se fait entendre au sein la classe politique européenne pour s'opposer
ouvertement à cette nouvelle folie.
Nous sommes loin du discours
historique de Villepin du 14 février 2003* qui déclencha un véritable séisme
diplomatique dans l'enceinte très politiquement correcte du Conseil de
Sécurité. Loin, très loin de l'alliance franco-allemande contre la guerre. Nous
devrions pourtant, au regard du sanglant chaos irakien, nous féliciter d'avoir
fait à l'époque un tel choix ; or tout indique que non seulement personne
ne s'opposera aux menées américaines (la Chancelière Merkel pratique une forme
quelque peu indécente de surenchère), mais qu'à rebours nous les soutiendrons
et que l'opinion publique mondiale qui hier, et pour la première fois dans
l'histoire s'était universellement unie et mobilisée, cette fois-ci restera
sans réaction devant le fait accompli. À Paris, la campagne des
présidentielles s'enlise dans des ergotages relatifs à la peine capitale, à la
consommation du tabac, à de supposées discriminations raciales dans le monde du
travail alors que les Français sont certainement l'un des peuples les moins
xénophobes et les plus accueillants de la planète ; autant de leurres qui
permettent d'éviter la réalité vraie, interdite d'antenne dans une campagne où
les plus basses démagogies sont de mises.
Aucune voix ne s'élèvera donc
pour stigmatiser l'éventuelle future catastrophe...vox clamenti in deserto !
Pourtant cette guerre, peut-être nucléaire, tout porte à croire qu'elle aura
bien lieu. À telle enseigne que les deux super nouveaux pays européens, la
Bulgarie et la Roumanie (admis précipitamment le 1er janvier dans l'Union
sans que le cahier des charges des « critères de convergence » - dits
de Copenhague - aient été pleinement remplis) doivent servir de base
logistiques pour l'aviation américaine : c'est le
Sunday Herald 28 janvier 2007 qui le révèle annonçant une éventuelle
attaque de l'Iran pour fin avril à partir des nouvelles bases de l'US Air Force
en Bulgarie et en Roumanie, cela en s'appuyant sur un rapport publié à Sofia
et rendu public par l'agence officielle de presse bulgare, Novinite.
Bruits, rumeurs à ne pas prendre
au sérieux ? Reste que d'après le Los Angeles Times d'hier, les appareils
de l'US Air-Force doivent commencer dans les prochains jours à survoler les
frontières irako-iraniennes afin de repérer et détruire (en territoire
iranien) de supposés transports d'armes et de munitions à destination des mouvements
chiites en Irak. En vérité les survols de l'Iran, notamment par l'aviation
israélienne, depuis la base d'Erbil au Kurdistan ont lieu depuis longtemps.
Un décret présidentiel autorise
également d'ores et déjà les forces américaines à tuer en territoire irakien
tout individu identifié (!) comme agent irakien. À Bruxelles, l'OMPI, l'Organisation
des Moujahidines du Peuple d'Iran connue également sous le label de
« Conseil National de la Résistance », diffuse des listes de
plusieurs milliers d'agents iraniens putativement présents sur le sol irakien,
et par conséquent désignées pour des assassinats ciblés en application du
décret Bush.
Sans risque d'exagération, il est
loisible de dire que la guerre américano-iranienne a déjà commencé ; bien
sûr nous en sommes aux escarmouches et à la recherche du prétexte permettant à
l'agresseur de se déclarer, à la face du monde, l'agressé...Au fil des jours, et
malgré des démentis assez peu convaincants des porte-paroles de la
Maison-Blanche, le ton monte de plus en plus : l'Iran est durement accusé
d'alimenter en armes la guérilla de certaines factions chiites en Irak (et par
là d'être responsable de la mort de soldats américains), où encore
d'approvisionner le Hamas palestinien (sunnite !) et le Hezbollah
libanais. Toutes choses évidemment fort possibles sinon probables, mais qui
dans l'absolu ne peuvent en aucun cas constituer un casus belli. Sauf
évidemment, si comme chez Lafontaine, la rhétorique du Loup s'impose
contre toute évidence !
Alors quelles sont les vraies
raisons ? Multiples, diverses et variées, particulièrement dans le domaine
de la pure géopolitique. Nous y reviendrons une autre fois, le dossier est
lourd sinon complexe, reste que dans l'immédiat l'Iran a commis un crime
inexpiable (hormis la négation de la dogmatique historique) : abandonner
le $ et faire passer ses échanges extérieurs à l'€uro.Ce en quoi il accompagne
son nouvel allié Sud-américain, le Vénézuélien Hugo Chavez, bête noire de
Washington (qui lui achète cependant, volens nolens, son pétrole).
Ce crime terrifiant Saddam
Hussein l'avait déjà commis, ce qui avait précipité sa chute, programmée par
ailleurs. Rappelons ici que nous sommes parvenus au bout du « système du
dieu dollar » ; la dépréciation tendancielle de ce qui a été la monnaie
étalon de la fin du XXe siècle, même si elle dope encore l'économie américaine
(aujourd'hui essentiellement dominée par les « services » et non plus
la production industrielle), est une tendance irréversible. Le dollar est à
bout de souffle et les guerres pour le contrôle des gisements d'énergies
fossiles un ultime recours pour prolonger sa vie par pétrodollars interposés...
Alors, ce ne sont pas pour des
prunes que 21 500 soldats supplémentaires vont être engagés dans la bataille de
la Mésopotamie. Une terre et des peuples meurtris au-delà de toute
imagination et dont les Etats-Unis pourraient, s'ils le voulaient, se retirer
sur la pointe des pieds... Ce n'est pas non plus sans raison que deux groupes de
bataille aéronavals** sont en position dans le Golfe Persique face à l'Iran.
Combien de brassées quotidiennes de millions de dollars coûtent ces formidables
déploiements de puissance ? Quand on sait l'avarice de l'Oncle Sam, on comprend
que tout cela ne peut être du ressort de la simple « gesticulation » !
JM Vernochet 1er
février 2007
*
Discours curieusement non
« mentionné » dans les biographies actuelles du Premier ministre
(voir Wikipedia par exemple où ce discours n'apparaît pas non plus dans les
éphémérides de l'année 2003). Ce qui peut laisser à penser que nous écrivons
maintenant notre histoire à l'instar de ce que faisaient naguère les maîtres de
l'Union soviétique, en effaçant purement et simplement ce qui n'est plus au
goût du jour. Orwell nous voilà !
** Le
Porte-avions USS John C. Stennis ainsi que le Dwight D. Eisenhower et leur
groupe de combat sont déjà en position dans le Golfe face à leurs cibles
iraniennes. Washington possède dès à présent la capacité d'engager une
offensive aérienne 24 heures sur 24 pendant un mois et plus avec pour points
d'appui logistique le quartier général de la 5e Flotte à Bahreïn, la base
aérienne d'al-Udaïd au Qatar et la base de Diego Garcia dans l'Océan Indien
d'où partent les bombardiers stratégiques B52 et B2 furtifs. 1 500 cibles sur
18 sites sont déjà paramétrés dans les ordinateurs de tirs, objectifs
abusivement désignées par la grande presse comme « liés au programme
d'armement nucléaire iranien » !
La suite dans la prochaine chronique de politique
internationale, en principe, sauf urgence, les jeudis soir.