Que signifie pour vous le mot Patrie ?
Thème d'un concours national… en 1976
ndlr: le texte ci-dessous est extrait du Bulletin du Collège Stanislas,
établissement privé de Cannes.
Il
s'agit de la copie de l'un de ses élèves de 3ème, classé lauréat
national dans ce concours.
Notre
petite équipe rédactionnelle de l'univers.info serait heureuse de savoir ce
qu'est devenu cet élève et d'entrer en contact avec lui et donc merci à celui
ou celle qui remontera le temps pour nous (en 3ème en 1976 cela fait
aujourd'hui un homme d'une cinquantaine d'années).
Cette copie vient bien après notre recension
du livre de J-F Chemain, La
Vocation
Chrétienne de la France, où l'auteur traite
certes de la vocation chrétienne de notre Pays, mais pour faire émerger les
critères de notre identité nationale, y compris face aux "Lumières"
et face à l'Islam.
Cela
vient d'autant mieux que, et nous le disons dans cette recension, J-F Chemain,
bien que bardé de diplômes universitaires, a quitté ses hautes fonctions pour
devenir professeur des Collèges en Z.E.P afin de faire aimer la France à ses élèves.
Et il y
arrive (à 80% m'a-t-il avoué).
Merci donc
à celui de nos correspondants qui a eu la bonne idée de nous envoyer la copie
de cet élève.
En
lisant cette copie, on se prend à se demander s'il est un jeune de troisième,
aujourd'hui, capable d'écrire pareillement, même en sortant d'un milieu cultivé
et "bien français".
Et
pourtant J-F Chemain arrive à faire aimer la France, pour ses valeurs éternelles, à de
jeunes musulmans de Z.E.P.
Ont-ils le niveau scolaire des 3ème d'il y a 35-40 ans pour s'exprimer aussi bien?
J'en doute fort car l'Education Nationale n'est plus ce qu'elle était avec toutes
ses "réformes".
Mais au moins les élèves de J-F Chemain apprennent avec lui à aimer la France et tant pis si on ne leur a pas appris à écrire avant d'entrer en 3ème.
* * * * * * *
Copie de ce "jeune" de 3ème
d'alors:
Etranger,
mon ami, tu me demandes ce que signifie le mot "Patrie"». Si tu as
une mère et si tu l'honores, c'est avec ton coeur de fils que tu comprendras mes propres sentiments. Ma patrie, c'est la terre de France où mes ancêtres ont
vécu. Ma patrie, c'est cet héritage intellectuel qu'ils m'ont laissé pour le
transmettre à mon tour.
Viens voir,
étranger, la beauté des paysages de France, la splendeur des monuments édifiés
par mes aïeux. Va te reposer dans le vert marais poitevin, admire les roches
rouges d'Agay qui se baignent dans le bleu de la mer de Provence. Chemine simplement de Paris vers Lyon. Sur la route, près d'Avallon, l'élégance
raffinée de la basilique de Vézelay fera surgir pour toi l'épopée de nos
croisades. Tu arriveras plus loin au château de la Rochepot qui donne à la
région un air médiéval. N'oublie pas de visiter en Bourgogne le ravissant
hospice de Beaune. Ne néglige pas le barrage de Génissiat. Continue, regarde,
réjouis-toi de tant de beauté.
Mais si la France,
ma patrie, n'était que belle et aimable, mon amour pour elle ne serait pas si
grand. Elle est mieux encore : intelligente et cultivée. La clarté de sa
pensée, la finesse de son esprit, l'excellence de son goût te sont déjà connus.
Des idées venues de France ont influencé l'humanité toute entière. Sais-tu par
exemple, que la bibliothèque personnelle de Frédéric II de Prusse, conservée à Berlin, ne contient que des livres écrits en français ? Ainsi, bien au-delà de
nos frontières, des hommes de France sont célèbres : philosophes, écrivains,
poètes, artistes, savants. Pascal, Molière, Vigny, Delacroix, Berlioz, Pasteur : tous ont contribué à la gloire de la France.
Et vous, héros humbles et méritants, qui avez fait la France brave et fidèle, vous guerriers morts pour la patrie, comme je vous suis reconnaissant de
m'avoir conservé ce précieux bien de mes ancêtres ! De Bayard à Guynemer, des
premiers chevaliers aux soldats des dernières guerres, que de dévouements, que
de sacrifices !
Et toi mon
ami, qui es aussi comme moi une créature de Dieu, ne vois-tu pas qu'ici en
France, tu es en terre chrétienne ? Les oratoires pittoresques, les calvaires
aux croisées des chemins, les flèches de nos cathédrales sont les témoins de
pierre d'une foi vivante. Ma patrie, bonne et pieuse, a vu naître de grands saints. Le sens missionnaire de Saint Bernard, la vertu de Saint-Louis, la
charité de Saint Vincent de Paul, le zèle du Curé d'Ars sont le vrai trésor
laissé par nos ancêtres. De la grande Sainte Jeanne d'Arc à la petite Thérèse,
de l'épopée de l'une à la vie si simple de l'autre, je retrouve le courage et
la bonté des femmes de France. Aux plus humbles d'entre elles, s'est montrée la Vierge Marie. A travers Catherine Labouré, Bernadette de Lourdes, quel honneur pour la France !
Tu comprends maintenant pourquoi, ami étranger, j'aime et je vénère ma
patrie comme ma mère ; pourquoi, si riche de tout ce qu'elle me donne, je désire transmettre cet héritage. Ne crois pas que cet amour que j'ai au coeur soit aveugle. Mais devant toi, je ne dirai pas les défauts de ma mère
Patrie. Car tu sais bien qu'un fils ne gagne rien à critiquer sa mère. C'est
en grandissant lui-même qu'il la fait grandir. Si je veux ma patrie meilleure
et plus saine, que je devienne moi-même meilleur et plus sain.
La France, ma patrie a
tant de qualités que je ne saurais, ami étranger, te priver de sa douceur ; si
tu sais découvrir ses charmes et ses vertus, tu l'aimeras, toi aussi. Je
partagerai avec toi ses bontés et, loin de m'appauvrir de ce don, je
m'enrichirai de cette tendresse nouvelle que tu lui porteras. Mais ne l'abîme
pas, ami étranger, la France,
ma douce patrie, ma chère mère ; ne la blâme pas, ne la pervertis pas, ne la
démolis pas car je suis là, moi son fils, prêt à la défendre.