Bulletin
Religieux du Diocèse d'Avignon du 8 Juin 2002
La
positon de l'église catholique
sur
les principaux domaines de la bioéthique
Les caractéristiques de l'éthique qui se
diffuse dans notre société expliquent la position de l'ةglise catholique sur les principaux domaines de la
bioéthique :
1.
L'avortement
2.
Les recherches
sur l'embryon
3.
Le clonage
4.
La Procréation
médicalement assistée (PMA)
5.
Les différents
diagnostics
6.
Les dons d'organe
7.
L'euthanasie
8.
La contraception
1.
L'avortement
La pratique de l'avortement a toujours
existé. Ce n'est pas une invention de notre époque ni de la loi de 1975.
Cette dernière au contraire pensait pouvoir en limiter le nombre, ce qu'elle
n'a pas réussi à faire. Mais l'avortement était considéré comme un acte de
mort, condamné par la loi. Même la loi de 1975 (la loi Veil), dans son article
1er, affirmait que la vie doit être protégée dès le premier instant de son
existence. Elle reconnaissait encore que l'avortement est une transgression. Mais
cette loi a dépénalisé l'avortement. Elle l'a autorisé en certaines
situations de détresse et avec des conditions précises : dialogue préalable,
clause de conscience pour le personnel médical, nécessité de l'autorisation
parentale pour les mineures. Un pas de plus a été fait avec le remboursement
par la Sécurité Sociale, car c'était faire de l'avortement un acte de santé.
Très vite, sous la pression de certains groupes, l'avortement est devenu une
liberté, puis un droit. Le légal est devenu le critère du moral.
D'abord autorisé jusqu'à 10 semaines,
l'avortement a été légalisé récemment jusqu'à 12 semaines (3 mois). Il a été déclaré comme une
priorité des soins de santé, avec financement important pour développer les
services hospitaliers nécessaires en vue de répondre rapidement à toutes les
demandes. Le dialogue préalable est devenu caduc. Les médecins chefs de service
sont obligés d'admettre les avortements dans leur service. Les mineures sont
dispensées, en certains cas, de l'autorisation parentale. La dégradation s'est
accentuée avec la décision rendant libre et gratuite la distribution dans les
pharmacies de la « pilule du lendemain », ce qui pose de graves cas de
conscience à certains pharmaciens.
Ces progressives dérives favorisent l'homme
et l'adolescent toujours absents de ce débat. Elles incitent les mineures aux
relations sexuelles. Elles banalisent de plus en plus l'acte sexuel, ce qui, avec
l'invasion de la pornographie, explique que certains adolescents, parfois en
bande, violent des adolescentes sans que cela leur pose de problème de
conscience : « je n'y vois rien de grave, d'ailleurs elles sont consentantes »,
a-t-on entendu récemment après une de ces « tournantes ». Elles ne tiennent pas
compte du traumatisme causé à la femme par l'avortement, traumatisme dont on se
garde bien de parler, que pourtant certaines femmes commencent à reconnaître
publiquement en tel magazine ou en telle émission télévisée. Elles
marginalisent les parents par rapport à la vie de leurs enfants, alors que par
ailleurs on tend à les juger coupables des délits de ces mêmes enfants. Notons
qu'en Espagne par exemple l'avortement est autorisé jusqu'à 22 semaines (pratiquement
cinq mois, moment de la viabilité d'un bébé). Chez nous, les avortements
thérapeutiques, pour raisons de santé de la mère, peuvent être pratiqués
jusqu'à la naissance.
L'église
catholique, mais pas elle seule, est absolument opposée à l'avortement dès la
fécondation. Ce faisant, elle ne prétend pas condamner les femmes en cause,
mais s'adresser à la conscience de la société et l'inciter à aider moralement
et financièrement les jeunes filles et les femmes à garder leur enfant. Car
pour elle l'embryon doit être respecté comme un être humain dès le premier
instant de sa formation. Ce n'est pas le cas pour bien des chercheurs, qui
prétendent fixer l'humanisation de l'embryon à certains stades de son
développement. Leurs positions vont de une semaine après la fécondation jusqu'à
six mois. Certains font dépendre l'humanité de l'embryon du « projet parental »
: la qualité humaine d'un embryon dépend du projet de ses parents d'en faire un
homme ou une femme. Cela revient à dire que le statut humain d'un être dépend
du choix de ses parents, donc du jugement que portent sur lui d'autres hommes.
On décrète ainsi pratiquement que les êtres humains ne sont pas également
humains aux différentes étapes de leur croissance.
Juridiquement l'embryon est peu protégé par
la loi jusqu'à présent. La Cour de cassation vient pourtant de reconnaître, à
propos d'une erreur médicale, que l'enfant avant de naître est un être humain.
Un courant riche de promesses est en train de se produire. Des parents, dont le
fœtus est mort à 4, 5 ou 6 mois, demandent que ce fœtus soit reconnu comme leur
enfant, qu'il ait un lieu de sépulture. Un mouvement se crée pour réclamer que
ces fœtus soient pleinement reconnus comme des enfants.
L'église
catholique a toujours opté pour le fait que l'embryon dès la fécondation doit
être respecté comme une personne. Nous trouvons la condamnation de
l'avortement dès les premiers textes chrétiens. Le Concile de Vatican II a une
formule forte : « L'avortement et l'infanticide sont des crimes abominables »
(G.S. 51, § 3). La position de l'ةglise
va dans le sens des données actuelles de la science : dès la constitution du
premier noyau, tout l'avenir génétique de l'être humain commençant est présent
en lui. Il n'y a pas un instant où il ne serait qu'un petit paquet de cellules
pour passer ensuite à un stade humain. Il évoluera quant à sa personnalité
psychologique, non quant à son être de personne. Il est un être humain dès le
début ou il ne le sera jamais. Aucun projet parental ne peut faire qu'un
embryon non humain devienne humain à un moment quelconque de son évolution. Là,
si l'on peut dire, est le fondement du véritable esprit républicain : tous les
êtres humains, dès leur fécondation, sont égaux. Ils ont à être traités comme
tels avant même leur naissance.
2. Les recherches
sur l'embryon
C'est une des conséquences de la pratique
de plus en plus normale de l'avortement et de la création des nombreux embryons
surnuméraires due à l'Assistance médicale à la procréation (AMP). Que faire de
ces embryons ? La réponse, de plus en plus admise dans l'opinion, est de les
utiliser pour la recherche. Même si une telle possibilité est fortement «
encadrée » par la loi, elle est une dégradation de plus dans la conception de
l'être humain commençant. Les arguments utilisés sont de plusieurs ordres.
Plutôt que de laisser mourir ces embryons, il vaut mieux les utiliser pour la
recherche. Cette recherche peut apporter de grands progrès à la médication de
certaines maladies. Si nous ne le faisons pas chez nous, d'autres pays le font
ou vont le faire ; il convient donc de
ne pas prendre de retard. De grands enjeux économiques sont en cause. Il existe
déjà un commerce international d'embryons surnuméraires. L'ةglise, et d'autres qu'elle, sont opposés à une telle
pratique. Car peu à peu des embryons humains vont être transformés en carrières
de matériau utilisable. La tentation, à laquelle a déjà succombé tel chercheur
qui le reconnaît, sera de créer des embryons uniquement pour la recherche, y
compris par le clonage thérapeutique. Qui pourra empêcher d'autres formes
d'utilisation des êtres humains pour la santé et le confort d'autres êtres
humains ? L'exploitation de l'homme par l'homme a un bel avenir devant elle.
3. Le clonage
De l'utilisation des embryons pour la
recherche, il est naturel de passer au clonage. Puisqu'il faut des embryons
pour la recherche, pourquoi ne pas fabriquer des embryons par clonage ? On
parle d'un double clonage : le clonage thérapeutique et le clonage reproductif.
En réalité il n'y en a qu'un. Car le clonage thérapeutique est un clonage
reproductif interrompu. Qu'est le clonage ? C'est un procédé technique qui
consiste à créer un embryon en introduisant dans un ovule féminin privé de son
noyau une cellule somatique provenant d'un individu humain. On met ainsi en
route un embryon identique à l'être humain sur lequel a été prélevée la
cellule. En arrêtant le développement de cet embryon au bout de cinq ou six
jours, on détruit cet embryon et on prélève sur lui des cellules, qui peuvent
être multipliées à l'infini. C'est ce qu'on appelle les cellules souches
embryonnaires. On pourra alors réimplanter ces cellules qui vont régénérer
l'organisme malade. Tel est clonage thérapeutique.
Si on laisse se développer l'embryon ainsi
cloné, il deviendra au bout de dix jours un embryon pouvant aboutir à un être
identique à celui sur lequel a été prélevée la cellule. Tel est le clonage
reproductif. D'un côté il y a toujours destruction de l'embryon. De l'autre on aboutit
à un être humain, non pas procréé par fécondation humaine, mais fabriqué en
série. Le clonage est la négation de la création telle que nous l'entendons, la
négation de la fécondation humaine par la rencontre d'un homme et d'une femme,
la négation de l'unicité de chaque être humain, la négation de la suite des
générations, la négation de la participation d'un être humain à une généalogie,
ce qui est fondamental pour qu'un homme soit vraiment un membre de l'humanité.
C'est l'homme transformant la création en fabrication .Cela fait dire à
certains que le clonage est un crime contre l'humanité.
Jusqu'à présent tout le monde s'oppose au
clonage reproductif, sauf tel ou tel médecin ou groupe qui se dit prêt à
réaliser un tel clonage. Mais le clonage thérapeutique est déjà admis en Grande
Bretagne. Il semble difficile qu'il ne se généralise pas. Car, dit-on : il ne
faut pas prendre scientifiquement de retard sur d'autres pays. Il faut
sauvegarder le prestige scientifique de son pays. Si on ne le fait pas, il
faudra acheter de telles cellules souches embryonnaires à d'autres pays, ce qui
vient d'être décidé en France. Le clonage thérapeutique aboutira à
transformer plus encore les embryons en simple matériau utilisable pour
d'autres fins que leur propre vie. Il risque d'aboutir à une
commercialisation des ovules féminins, donc à un nouveau marché de femmes,
surtout celles des pays pauvres. Cela est d'autant plus regrettable qu'il est
possible de développer la recherche sur les cellules souches adultes, qui ne
posent pas de problème éthique. Encore faut-il que la société encourage et
finance une telle recherche.
(Après l'avortement, les recherches sur
l'embryon et le clonage, voici les autres domaines de la bioéthique pour
lesquels il me semble utile de présenter la position de l'ةglise catholique. Je l'ai fait en réponse au désir de
certains de voir résumé et synthétisé ce qu'ةglise
d'Avignon a présenté en articles différents).
4. L'Assistance
médicale à la procréation (AMP) ou la Procréation médicalement assistée (PMA)
Il s'agit, non de la création de la vie
par les chercheurs, mais de la fécondation réalisée en dehors du sein de la
mère à partir du prélèvement de la semence masculine et de l'ovule féminin dont
la rencontre se fait dans un milieu chimique. De là vient le nom de «
bébé-éprouvette ». L'embryon est ensuite implanté dans le sein de la mère où il
va se développer jusqu'à la naissance. Cela se fait soit avec les gamètes du
mari (homologue), soit avec ceux d'un donneur qui n'est pas le mari
(hétérologue). Cette assistance médicale est utilisée pour remédier à
l'impossibilité pour un couple d'avoir un enfant d'une manière naturelle, ou
pour mieux choisir l'enfant désiré.
L'église
catholique est opposée aux deux formes d'AMP. Outre que l'hétérologue
aboutit à un enfant adultérin, les deux formes d'assistance médicale sont
refusées par l'ةglise pour les raisons
suivantes :
Il faut créer plusieurs embryons pour être
sûr qu'il y en ait un qui atteigne le but recherché. D'où le problème des
milliers d'embryons surnuméraires congelés dont on ne sait pas que faire, à
moins que, comme cela se fait et va se faire de plus en plus, on les destine à
la recherche.
On entre dans le processus du tri des
embryons, donc dans un processus d'eugénisme, par volonté de vouloir des
enfants parfaits (enfants zéro-défaut). On empêche l'enfant de rester libre
d'être différent de ce que veulent les parents. Or l'enfant est un don, donc
par définition non choisi, voulu pour lui-même quel qu'il soit. Pour nous, il
est un don de Dieu. L'enfant n'est pas le fruit d'un simple projet parental. Il
est à l'image de Dieu avant d'être à l'image des parents. On insiste beaucoup
sur l'enfant désiré. Plus important que d'être désiré est le fait pour un
enfant d'être adopté quand il arrive. Là sont le sens de la paternité de Joseph
par rapport à Jésus et la valeur de l'adoption. Il y a dans la PMA une volonté
de maîtriser l'origine de la vie qui peut devenir une idolâtrie : faire les
enfants qu'on veut, quand on veut, tels qu'on les désire. Le désir d'enfant est
bon, mais l'enfant ne doit pas être voulu pour la seule satisfaction des
adultes. L'aspect inter-générationnel risque d'en pâtir. Avec la PMA
hétérologue, dont le donneur doit être anonyme, on empêche l'enfant de savoir
d'où il vient, au moment où on insiste sur la nécessité pour l'enfant de
connaître ses parents.
- Le processus est très éprouvant pour la
femme et très coûteux. Il y faut souvent de nombreux essais, aboutissant
parfois à des échecs définitifs.
- Surtout pour l'ةglise
le mystère de la procréation disparaît derrière l'intervention technique du
médecin. La procréation ne se fait plus à deux mais à trois avec intervention
extérieure. Or la fécondation est une action de Dieu à l'intérieur de la
relation d'amour. Le mystère de l'origine, donc de la filiation, est occulté
par l'action technique. Le sein maternel est le lieu de la rencontre de l'homme
et de la femme et de la mère et de l'enfant. La fécondation est le fruit d'une
alliance entre l'homme et la femme par l'engagement du corps, et d'une alliance
de la mère et de l'enfant par l'engagement de la parole. La succession des
générations tend à disparaître. On occulte la fécondation comme lieu exceptionnel
d'expérience humaine.
5. Les différents
diagnostics
Les progrès techniques permettent de
connaître de mieux en mieux ce que sera l'enfant, donc de trier et de choisir,
donc d'aller vers l'eugénisme, un eugénisme qui ne dit pas son nom, qu'on dit
ne pas être un eugénisme d'ةtat, mais qui
devient officiel par les incitations déterminant les choix et interventions
privés . Quels sont ces diagnostics ?
* le diagnostic préimplantatoire :
il s'agit du diagnostic réalisé sur les embryons obtenus par PMA avant qu'ils
ne soient implantés dans le sein de la mère. Ce diagnostic permet de choisir
l'embryon qu'on veut mener jusqu'à la naissance. Parmi les neuf ou dix embryons
créés, on fait un tri pour ne retenir que celui qui semble le plus sain et qui
correspond le mieux au désir des parents. Cela s'est déjà réalisé en France,
sans que cela pose aucun problème à l'opinion, qui y voit au contraire un grand
progrès.
* le diagnostic prénatal : c'est le
diagnostic réalisé sur l'embryon dans le sein de la mère, en particulier par
l'amniocentèse. Cette manière de faire aboutit au même résultat que le
précédent, à savoir qu'on en vient à éliminer par avortement tout embryon qui
ne semble pas de bonne qualité. Il faut noter, en outre, qu'en prélevant le
liquide amniotique qu'on va analyser, beaucoup d'embryons souvent en bonne
santé sont détruits. Il y a presque autant de bons embryons détruits que de
mauvais éliminés.
* l'échographie : l'échographie
permet de voir les anomalies, même minimes, des embryons et des fœtus. Ces
examens aboutissent très souvent à l'avortement, y compris pour des défauts
minimes de l'embryon. L'arrêt Perruche, c'est-à-dire la décision de la Cour de
cassation de verser des indemnités à un jeune handicapé dont l'échographie
n'avait pas décelé les symptômes de handicap, a fortement ébranlé les médecins
échographes, qui se sentent menacés de procès chaque fois qu'ils n'ont pas pu
ou su déceler un défaut de l'embryon et dont les assureurs sont tentés
d'augmenter dans des proportions énormes leurs cotisations. Nous savons que
l'assemblée, sur l'intervention du professeur Mattei, a récusé ce qui s'était
passé avec Nicolas Perruche.
Ces divers diagnostics aboutissent de
plus en plus à des avortements. En d'autres termes, nous sommes de plus en
plus dans une société d'où les handicapés et les malades sont exclus. On a pu
écrire qu'on allait vers l'éradication du mongolisme par l'éradication des
mongoliens avant leur naissance. C'est d'autant plus vrai que certains hommes
politiques déclarent publiquement qu'il faut aller vers l'obligation faite aux
parents, - donc aux médecins -, d'éliminer par avortement les futurs enfants
menacés de handicap, sous peine de se voir supprimer toute aide financière pour
l'éducation des enfants handicapés qu'ils auront décidé de garder. Au lieu de
promouvoir la recherche médicale pour soigner certaines maladies, on prône la
suppression de ces futurs malades. Il est heureux que les associations de
handicapés et ceux qui les soutiennent et les accompagnent réagissent fortement
contre cette vision d'une société rejetant les plus faibles.
6. Les dons d'organe (don du sang, d'un rein, du cœur, etc.)
C'est une
forme de charité très belle, encouragée par l'ةglise.
L'ةglise met pourtant quelques conditions
: que ce don soit gratuit ; qu'on évite soigneusement toute dérive commerciale
qui se fera au détriment des pauvres, des familles pauvres donnant par exemple
des organes de leurs enfants contre argent ; que cela ne mette pas en danger la
vie du donneur ; que le consentement du donneur, et des parents quand il s'agit
d'enfants, soit demandé et donné explicitement (cf. la découverte que des
médecins anglais prélevaient des organes sur des enfants morts sans demander l'avis
des parents ; sur ce point des dérives sont en passe de se réaliser : après
avoir exigé le consentement positif du donneur, on en vient à demander le refus
exprimé du donneur, lequel n'étant pas obtenu est considéré comme un accord) ;
et bien sûr qu'on ne mette pas au monde des enfants afin d'avoir des organes à
donner ou à vendre comme cela s'est déjà fait dans des pays pauvres.
7.
L'euthanasie
A l'autre bout de la vie commençante, il y
a la vie finissante. Ce qu'on appelle l'euthanasie relève aussi de la
bioéthique, c'est-à-dire de l'éthique de la vie. A l'évidence, il y a en France
un courant idéologique et politique qui travaille pour la légalisation de
l'euthanasie, à l'exemple des Pays Bas et maintenant de la Belgique. Quand on
parle de l'euthanasie, il convient de préciser le sens du mot. Car ce mot est
encore utilisé en deux sens différents, l'un qui n'est pas acceptable et
l'autre qui est acceptable.
Selon un premier sens, l'euthanasie est
l'intervention positive de l'homme pour donner la mort, pour aider à mourir,
pour assister le suicide de quelqu'un (ce qu'on appelle l'euthanasie active).
C'est en ce sens seul qu'il faudrait décider d'utiliser le mot euthanasie,
surtout depuis qu'avec les crises de la vache folle et de la fièvre aphteuse il
a été souvent question d'euthanasier des milliers d'animaux. En ce sens l'ةglise dit non. Et beaucoup d'autres hommes et
associations avec elle. La vie est un don et ne nous appartient pas. La société
est faite pour soutenir la vie et la médecine pour soigner la vie (d'où
l'anomalie de l'avortement considéré comme un problème de santé). La confiance
des malades risque d'être mise à mal en certaines circonstances. Il faut
remédier à la démission du personnel soignant, des proches, de la société, devant
la difficulté d'accompagner les grands malades et les mourants. Il faut
renoncer à la volonté de maîtrise totale sur la vie et la mort, qui rejoint
celle sur les débuts de la vie.
Selon le deuxième sens, l'euthanasie est
l'attitude qui consiste à laisser la mort faire son œuvre (ce qu'on appelle
l'euthanasie passive). Elle veut répondre à ce que nous appelons l'acharnement
thérapeutique, c'est-à-dire l'utilisation des moyens ultra-perfectionnés et
lourds, souvent cause de grandes douleurs et à l'efficacité nulle.
Selon l'ةglise,
il est licite d'abandonner en certains cas ces moyens extrêmes pour en rester
aux moyens ordinaires, à la demande des malades et dans une réflexion commune
entre médecins et proches. Il en va de même pour l'utilisation de médicaments
anti-douleurs dont on sait qu'ils abrégeront la vie. Dans ces cas, ce qui est
visé, ce n'est pas de donner la mort, mais de laisser la mort faire son œuvre
et d'empêcher le malade de souffrir. Il ne faudrait plus utiliser le mot
d'euthanasie en ce sens, pour parler d'accompagnement des grands-malades ou des
mourants et d'usage de médicaments contre la douleur.
Un double effort est à faire dans l'avenir.
Il s'agit d'abord de développer l'accompagnement des malades en fin de vie et
des mourants en promouvant avec investissement financier la formation de
personnel soignant et d'équipes aptes à accompagner les malades et mourants. Il
faut en même temps pousser la recherche des médicaments contre la douleur. Là
est la manière d'œuvrer pour la mort dans la véritable dignité.
8. La
contraception
Elle a toujours été pratiquée, selon des
méthodes plus ou moins efficaces (le préservatif-capote, le coït interrompu).
Les traités de morale en ont toujours parlé. Ce qui a été source de nouveaux
comportements, c'est les progrès médicaux et techniques qui ont amené une
maîtrise de la conception, donc une médicalisation de la conception, grâce à la
diffusion de la pilule contraceptive sans cesse améliorée. Ce qui a transformé
aussi les attitudes, c'est l'autorisation de la vente de la pilule, la
propagande en faveur de la contraception, les consultations de planning
familial, la formation des adolescents, etc. L'homme et la femme deviennent
maîtres du don de la vie, par l'utilisation de moyens techniques. Désormais, la
conception n'est plus laissée à la nature. Elle perd de son mystère. L'origine
de la vie perd de son caractère sacré. Elle est dépendante de l'utilisation de
moyens médicaux. La femme et l'homme deviennent, selon une formule qui sera
beaucoup employée à propos de l'avortement, libres d'user de leur corps comme
ils veulent. La conception peut être séparée de l'acte d'amour. Le plaisir peut
être pris sans risque.
Cela explique la réaction de l'ةglise, surtout avec l'encyclique « Humanae
Vitae » de Paul VI, que beaucoup de catholiques ont refusée et refusent.
Contrairement à ce qui est dit parfois, l'ةglise
catholique ne demande pas aux couples d'avoir le plus d'enfants possible. La
conception des enfants est bien liée à la responsabilité des parents. Pour
cela, elle préfère parler de régulation des naissances plutôt de contraception.
La régulation des naissances implique un choix responsable, un lien entre
l'amour et la conception, un dialogue d'amour, une prise en charge commune de
la conception. La contraception souligne l'opposition à la conception, le refus
de la vie, une décision de la femme seule plus que du couple, une dépendance
par rapport à la médecine.
Conclusion
Il nous faut bien
comprendre et expliquer la position de l'ةglise
et sa radicalité. Elle ne dit pas non aux recherches, au progrès, au bonheur
humain. Elle ne se situe pas seulement sur un plan moraliste. Elle dit un oui
clair à l'être humain, à sa vie, à sa vocation éternelle découlant du projet
créateur de Dieu et du salut accompli par le Fils de Dieu devenu homme. L'ةglise est pour tout ce qui se fait pour
l'homme. Elle estime hautement et
remercie ceux qui œuvrent pour l'homme. Elle appelle ses membres et la société
à agir sans violence pour la dignité de l'homme partout où elle est en cause.
Ce qui se passe dans les domaines de la vie
commençante comme de la vie finissante touche l'homme dans sa globalité. Il ne
s'agit pas là comme on le dit parfois de la vie privée des personnes. La preuve
en est qu'il est demandé aux instances gouvernementales et parlementaires de
légiférer, ce qu'elles font officiellement. La preuve en est encore que la
nation, donc tous les citoyens, y compris ceux qui sont en désaccord avec ces
prises de position publiques, est appelée à financer la mise en œuvre de ces
décisions.
La preuve en est enfin que ce qui est en
train de se jouer dans ces domaines entraîne une profonde modification des
mentalités et des jugements, ayant des conséquences parfois dramatiques sur le
comportement des enfants, des jeunes et des générations à venir. Prétendre
devenir les maîtres absolus de la vie et de la mort conduit certains à se
croire en effet les maîtres absolus de la vie et de la mort et à passer aux
actes. Pourquoi la société interdirait-elle et pourquoi certains agissements
seraient-ils moralement condamnables si officiellement, en toute légalité, des
actes de mort peuvent être accomplis ? Dans son apparente intransigeance, l'ةglise catholique prend le parti de l'homme.
+ Raymond BOUCHEX Archevêque d'Avignon