17 mai 2002
L'ةditorial de
Monseigneur FORT
“ Embryon, mon amour ”
Depuis que s'est ouvert le passionnant et, pour moi,
stupéfiant débat sur le clonage reproductif humain, je ne cesse de méditer l'alternative
élaborée par Claude Bruraire, professeur de philosophie à la Sorbonne : “ Ou
bien nous croyons, selon le vieux rêve de Prométhée que l'homme doit tout ce
qu'il est à lui-même, à ses conquêtes,
à ses puissances, à ses choix historiques et personnels. Ou bien nous pouvons
comprendre et savoir que nous sommes, dès l'origine, en dette de nous-mêmes, de
notre être et de notre existence. Libres du don ou du refus, nous démettre de
nous-mêmes serait à désespérer des chances de l'esprit. ”
On ne peut plus clairement tracer la ligne de partage
entre ceux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas, entre ceux pour qui
tout est grâce et don de Dieu et ceux pour qui tout est matière et énergie,
soumises au loi du hasard et de la nécessité.
Par 325 voix contre 21, l'Assemblée Nationale a adopté
en première lecture, le 22 janvier dernier, un projet de loi bioéthique qui
autorise l'expérimentation sur l'embryon et entrouvre la voie au clonage. Ce
vote a soulevé, parmi les chrétiens les plus conscients des enjeux et des
conséquences d'un tel projet, une vague de stupeur et d'indignation.
Stupeur devant l'inconscience ou la désinvolture de la
grande majorité de ceux qui sont censés avoir pour mission de protéger les
biens les plus précieux de chacun des membres d'une société authentiquement
humaine : la vie et la dignité. Indignation devant une nouvelle forme de
massacre des innocents scientifiquement programmée et justifiée.
Des voix éminentes de biologistes et de philosophes,
de médecins et de psychanalystes, de
théologiens et de juristes se sont élevées pour dénoncer cette
aberration. Jamais nos connaissances n'ont été aussi précises sur les tout
débuts de la vie. Nous savons désormais que chacun de nous a commencé d'exister
en une unique et merveilleuse cellule, riche de l'intégralité d'un patrimoine
génétique unique et irremplaçable. Cette première forme de notre être a quelque
chose d'extraordinaire. A partir d'elle, au gré des divisions cellulaires, les
tissus vont se différencier et se
spécialiser, mais c'est avec elle qu'un nouvel être est donné et que tout
commence.
Tout est donné et tout commence, mais dans une
impressionnante fragilité. En sa cellule initiale, l'embryon est à la fois si
extraordinaire et si prodigieusement différent de nous que la question qu'il
nous pose est d'une absolue radicalité : pour toi, suis-je quelqu'un ou quelque
chose ?
Parmi toutes les voix qui se sont élevées pour
répondre à cette question, il en est une dont la compétence scientifique et l'autorité morale m'ont plus particulièrement
impressionné. Cette voix m'a aussi conforté dans ma protestation contre la
dérive actuelle dans laquelle trop de scientifiques et de responsables
politiques nous entraînent.
Cette voix est celle du Docteur Jean-Marie Le Méné,
Président de la fondation Jérôme Lejeune.
Dans un texte adressé aux candidats à la magistrature
suprême, il écrit : “ Faut-il s'excuser de savoir et de dire que l'embryon est
membre de la famille humaine ? Et qu'à ce seul et unique titre, il a droit
absolu au respect, au dévouement et à la compassion de l'Etat qui n'a, en
aucune façon, le droit de disposer de lui. Les actes collectifs tendant au
mépris ou au respect de l'embryon sont, au sens strict, des actes de guerre ou
de paix vis à vis de l'humanité. Le geste à l'égard de l'embryon est donc le
critère majeur en politique. Embryon, mon amour, pour te défendre la campagne
électorale sera courte ”.
Embryon, mon amour. La formule peut faire ricaner les
cyniques. Pour ma part, puisqu'il s'agit de la vie et de la dignité de l'homme,
je la trouve magnifique. Instruit par la Parole du Christ et l'enseignement de
son Eglise, je n'ai jamais douté que la grandeur et la dignité que l'homme
tient de son Créateur ne peuvent être accueillies et reconnues que dans un acte
d'amour.
“ C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les
autres que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples ” (Jn 13, 35), “ Ce que
vous avez fait à ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez
fait ” (Mt 25, 40). A l'écoute du Christ, nous ne cessons d'être appelés à
aimer et nous savons que chacune de nos
vies, entre les mains de son Père qui est notre Père (Jn 20, 17), ne pèsera que
son poids d'amour.
A toutes les femmes qui, en apprenant qu'elles étaient
enceintes, ont su dire “ Mon tout-petit, mon amour ”, je souhaite une belle et
heureuse Fête des Mères.
André FORT - évêque de
Perpignan